• Pierre PINET s'adresse aux parents d'élèves

    Lettre ouverte aux parents d’élèves et amis de l’Ecole :

    Le système éducatif français auquel nous confions nos enfants est en grand danger et, au crépuscule de ma carrière, j’enrage de constater que l’éducation des générations futures n’est plus une priorité nationale. 

    Depuis 2007, c’est bien une institution fondamentale de notre société républicaine qui subit les attaques incessantes de la politique libérale de nos gouvernants dont les décisions  foulent au pied l’esprit de laïcité défendu par nos prédécesseurs.

    Vos enfants sont déjà concernés par les mesures négatives prises depuis 2007 particulièrement :

    -          suppressions de postes dues au non renouvellement de la moitié des départs à la retraite : 286 postes d’enseignants (104 dans le 1er degré et 182 dans les collèges et lycées) et 9 de personnels administratifs supprimés à la rentrée 2011 dans l’académie !

    -          fermetures de classes nombreuses dans le 1er et le 2nd degrés d’où des effectifs surchargés : comment accueillir 4000 élèves en plus dans les écoles quand le ministère prévoit de fermer 3500 classes ?

    -          remise en cause de la qualité de l’enseignement et de l’égalité du droit à l’éducation pour tous : la réussite scolaire des enfants des milieux populaires devient totalement aléatoire ;

    -          remplacements assurés de manière plus que réduite ou non assurés pour des congés inférieurs à 2 semaines dans le 2nd degré;

    -          RASED (Réseaux d’Aide et de Soutien aux Elèves en Difficulté) progressivement supprimés pénalisant davantage encore les élèves les plus fragiles ;

    -          problèmes de prise en charge des élèves en grande difficulté et de scolarisation correcte des élèves handicapés ;

    Comme si cela n’était pas suffisant, le gouvernement organise la fin de la formation professionnelle des enseignants et impose des réformes rejetées par toute la communauté éducative, dont les conséquences insidieuses ne seront toutes visibles que dans quelques années. Pour avoir été témoin des ravages du « Thatcherisme » en Grande-Bretagne au siècle dernier, je peux vous assurer qu’elles laissent envisager un avenir des plus sombres :

    -          il y a seulement cinq ans, 190 postes étaient proposés au Concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles de l’académie; au concours 2011, le nombre est tombé à 35, avec pour conséquence une forte baisse du nombre des candidats à ce concours, les étudiants considérant à juste titre que la filière offre trop peu de débouchés.

    -          les nouveaux recrutés ont certes acquis un savoir scientifique important (Bac + 5 ans) mais ne reçoivent aucune formation professionnelle pour le transmettre. Dans les années 1970, où j’ai débuté ma carrière, celle-ci s’étalait sur 2 années scolaires !

    -          les remplacements actuellement non assurés dans le secondaire amènent les principaux et proviseurs à refuser de libérer leurs stagiaires pour 2 semaines de formation afin que les élèves ne restent pas sans professeur !

    -          l’appel aux enseignants vacataires ou contractuels, sans aucune formation pédagogique, par voie de petites annonces ou consultation du Pôle Emploi, est une stratégie qui n’a plus rien d’exceptionnel.

    -          certaines classes voient défiler devant eux 5 professeurs (voire plus) pendant la même année scolaire. Même la meilleure volonté du monde ne peut, dans ces conditions, assurer un suivi cohérent pour les élèves!

    Travaillant au quotidien dans toute la verticalité du système, de la maternelle à l’université, je dois malheureusement constater que c’est tout le service public d’Education Nationale qui est en danger… L’enfant de milieu modeste que j’étais, mais qui a pu bénéficier de l’ascenseur social,  trouve indigne de laisser à nos enfants une société dans laquelle les chances de s’élever se réduisent de jour en jour pour les plus défavorisés.

    Si ces tristes constats vous affectent et souhaitez, comme moi vous engager pour la défense de l’école de la République, sachez que le sujet sera abordé dans les réunions publiques organisées dans toutes les communes du canton pour les prochaines élections auxquelles je serai candidat sous les couleurs du Front de Gauche au mois de mars prochain.

    Je terminerai en citant les propos d’un collègue proviseur de Lille qui, en signe de révolte vient de renvoyer au ministre ses diplômes de Chevalier et d’Officier des Palmes Académiques :

    -          « Aujourd’hui, quand je découvre que les Recteurs des Académies se verront attribuer une prime allant de 15000 à 22000 € par an s’ils parviennent à supprimer le plus de postes possible ou, mieux encore, s’ils osent fermer une dizaine d’établissements par Académie, je ne peux rester sans réaction devant un tel cynisme.»

    -          « Aujourd’hui, seule la logique comptable a droit de cité et le passage en force est la règle de conduite qui, seule, semble pouvoir être retenue. »

    -          « Nos concitoyens, à qui de plus en plus d’efforts sont demandés, ne pourront que se sentir une fois de plus humiliés par ce geste scandaleux et hautement symbolique d’un pouvoir qui met l’argent au-dessus de tout. Rétribuer un représentant de l’Etat sur sa capacité à détruire encore plus le service public d’Education est un acte qui vous déshonore totalement.»

    -          « Par votre mépris et votre cynisme, vous humiliez tous les personnels de l’Education Nationale qui n’en peuvent plus de devoir accomplir leur mission dans des conditions que votre politique à très court terme rend de plus en plus déplorables.»

    Pour conclure, je citerai Victor HUGO : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison ».

    Bien cordialement à vous.

    PS : pour contact si vous le souhaitez : pierre.pinet4@orange.fr


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